Externalisation du Personnel à la NSCT : Une Précarisation qui Inquiète

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Depuis 2023, la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) a franchi un tournant décisif dans sa gestion du personnel. En confiant une partie de ses effectifs – notamment les saisonniers et les chauffeurs – à des prestataires privés tels que CONSEILS REUNIS et RMO, l’entreprise a déclenché une série de conséquences sociales et humaines inquiétantes. Ce choix, présenté à l’origine comme une modernisation des pratiques de gestion, s’est progressivement transformé en un véritable facteur de précarisation pour les travailleurs concernés.

Des Retards de Paiement Répétés et Injustifiés

Depuis cette externalisation, le quotidien des agents sous-traités est marqué par des retards chroniques de paiement. Il n’est plus rare que les salaires ne soient versés qu’à la mi- mois suivant le travail effectué. Pendant ce temps, les agents continuent à assurer leurs tâches, souvent dans des conditions éprouvantes. Ce manquement répété au respect du calendrier de rémunération alimente une profonde frustration et mine la motivation du personnel.
Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’une injustice sociale flagrante, d’autant plus qu’aucune mesure corrective durable n’a été mise en œuvre depuis 2023.

Autre source de mécontentement es t le non-paiement des allocations familiales. Depuis le passage à la sous-traitance, ces aides, pourtant dues aux employés, ne sont plus versées. Toutes les revendications adressées aux prestataires comme à la direction de la NSCT sont restées sans suite.

Pire encore, plusieurs anomalies ont été relevées sur les bulletins de paie :

  • Diminution arbitraire du taux horaire : un agent rémunéré à 315 F CFA par la NSCT se retrouve désormais payé à 302 F CFA par RMO.
  • Calcul erroné des congés payés : au lieu de 2,5 jours par mois, RMO n’en comptabilise que 2,08.

Ces « ajustements » administratifs, présentés comme de simples régularisations, se traduisent concrètement par une baisse de revenus pour les saisonniers déjà fragilisés.

Les Chauffeurs, Victimes d’Injustice et d’Abandon

Les chauffeurs de transport de coton-graine n’ont pas été épargnés. Lors de la mise en œuvre de l’externalisation, RMO a proposé de réduire leur salaire mensuel de 81 000 F à 61 000 F. Face à la mobilisation des intéressés, la mesure a été suspendue, mais la confiance était déjà rompue.

Un drame illustre la gravité de la situation : lors de la dernière campagne, un chauffeur a été incarcéré après un accident mortel survenu pendant son service. Ni la NSCT ni le prestataire RMO n’ont apporté la moindre assistance juridique ou financière. C’est la famille du chauffeur qui a dû supporter seule les lourdes charges liées à sa défense. Un silence institutionnel qui interroge la responsabilité sociale de l’entreprise.

Un autre scandale concerne les cotisations à l’Assurance Maladie Universelle (AMU). Les prestataires auraient procédé à des prélèvements indus sur les salaires des saisonniers, alors que la NSCT avait déjà versé la part patronale. Même après la découverte de cette double ponction, aucun remboursement n’a été effectué, accentuant le sentiment d’abus et de mépris à l’égard des travailleurs.

Une Image de Marque en Déclin

Les conséquences de cette politique sont multiples : perte de motivation, démobilisation des saisonniers, et détérioration de l’image de la NSCT. Des partenaires agricoles, conscients du danger de cette dérive, ont exprimé leur inquiétude.
Lors de l’atelier de relance de la filière coton tenu à Kara du 28 au 30 octobre 2025, les participants ont unanimement recommandé la suppression immédiate de l’externalisation des saisonniers et des chauffeurs. Selon eux, le retour à l’ancien système permettrait de restaurer la stabilité sociale et de redonner confiance aux travailleurs.

Depuis l’arrivée d’OLAM à la tête de la NSCT en 2020, les relations sociales se sont considérablement dégradées. Plusieurs employés dénoncent un climat de peur, d’intimidation et de favoritisme. Les anciens cadres ont été écartés, et une élite managériale privilégiée s’est installée autour du Directeur des Ressources Humaines, M. Ékué Amegningon, dont le style autoritaire et l’attitude jugée arrogante rappelleraient les pratiques qui lui avaient déjà valu d’être remercié de la SOTOTOL.
Cette équipe, composée notamment de M. Yovogan, Awokou et Assogba, est accusée de diviser le personnel selon des critères ethniques et de s’attribuer des sursalaires de 200 000 à 600 000 F, ainsi que des primes atteignant plusieurs millions, pendant que les employés les plus anciens peinent à percevoir à peine 120 000 F par mois.

L’arrivée du nouveau Président du Conseil d’Administration, l’honorable Nana Nanfame, avait suscité un immense espoir. Connaisseur averti de la filière cotonnière, il s’est engagé à restaurer la transparence et la dignité au sein de la NSCT.
Cependant, son action se heurte à la résistance du cercle dirigeant mis en place par OLAM. Selon plusieurs sources internes, ce groupe chercherait à maintenir l’externalisation pour en tirer des avantages financiers personnels, quitte à mettre en péril la stabilité de la filière.

Face à cette situation, une question s’impose : combien de temps le PCA pourra-t-il encore résister seul à cette machine d’intérêts particuliers qui, selon certains, œuvre à la destruction de l’entreprise ?

La crise sociale qui secoue la NSCT n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe de décisions managériales déconnectées du terrain et des réalités humaines.
Pour sauver la filière coton et préserver la dignité des travailleurs, les autorités doivent intervenir. Il est urgent de :

  • Mettre fin à l’externalisation du personnel saisonnier et des chauffeurs ;
  • Rétablir les droits sociaux (salaires, allocations, assurance) ;
  • Redonner au département des Ressources Humaines son rôle central au sein de la NSCT ;
  • Et surtout, restaurer un climat de confiance et d’équité au sein de l’entreprise.

La prospérité de la filière coton togolaise dépend avant tout de celles et ceux qui la font vivre au quotidien : les travailleurs.

La Rédaction.

 

 

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